Vendredi 16 octobre 5 16 /10 /Oct 20:37
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Urgence !

 

 

C’était du temps où on tombait comme des mouches, du temps où peu se risquaient à donner du temps au temps.

 

Avec juste des défenses immunitaires à zéro et une récidive de pneumocystose j’étais loin d’être le cas le plus préoccupant du service et on m’avait éjecté (c’est le mot juste) de ma chambre « single » pour l’attribuer à un vivant ses derniers jours.

 

Echange : j’ai pris sa place dans une chambre collective partagée avec Eric.

 

C’est Eric qui avait demandé à ne plus avoir à côté de lui un voisin mourrant pour ne pas voir son moral trop affecté.

 

Comme le mourant, comme moi, comme beaucoup d’autres dans ce service, Eric était séropositif au VIH.

 

Eric avait déjà souffert de pas mal de maladies graves, mortelles et mettait toute son énergie à vivre pleinement l’instant présent, mettait toute son énergie à remplir ce qui lui restait de vie de vie.

 

Il s’était marié avec celle qu’il aimait, s’épanouissait dans son métier stressant, était sur le point d’acheter la voiture qui faisait rêver le petit enfant enfoui en lui, faisait mille projets, envisageait de réaliser mille choses pour ne point regretter de n’avoir pu les vivre…

 

Beaucoup de séropositifs que je croisais étaient dans le même état d’esprit : vivre le plus intensément possible, compenser la durée par l’intensité de vie.

J’étais en décalage avec eux, je vivais comme si j’étais éternel : sans hâte, sans peur de manquer de temps, en me laissant porter par l’humeur présente sans toutefois savoir vraiment savourer la beauté de l’instant.

 

 

Le temps a passé et j’ai du mal à ne pas associer les années passées à du temps gâché.

 

Crise de la quarantaine ?

Peut-être…

 

J’ai aussi connu récemment pour la première fois la peur de la mort avec un accident cardio-vasculaire.

Pour la première fois j’ai eu le sentiment que tout pouvait s’arrêter d’un coup, sans prévenir.

 

Je resonge à Eric et à ses nombreux désirs qu’il voulait satisfaire tant qu’il était en vie, sans perdre de temps.

 

Je ne veux plus perdre de temps.

 

Je ne m’interdis aucune rencontre et même si je conserve un idéal « d’âme sœur » j’envisage difficilement une relation exclusive par principe.

 

Je ne veux plus non plus attendre d’inaccessibles étoiles qui m’enfermeront dans de stériles attentes. Je peux attendre quelqu’un… un peu, juste un peu, après je n’envisage que de laisser les choses suivre un cours libre d’espérances souvent vaines.

 

 

Il y a urgence de vivre tant que la chose est possible, je ne suis plus éternel.

 

Par Acetos - Publié dans : VIH : une vie à positiver - Communauté : Réalités
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